Les deux lumières
Sur le rôle de la lumière dans la problématique ovni.
PREMIÈRE PARTIE
I. Introduction
Le thème de la lumière est omniprésent dans la problématique des PANS. En effet, une grande majorité des témoignages récoltés font état de lumières à la cinétique souvent aberrante, d’observations de sphères ou de disques intensément lumineux, une lumière à la fois intense et non éblouissante. Les lumières rapportées peuvent être colorées, diffuser toutes les couleurs du spectre en un véritable spectacle de teintes mouvantes ou émettre une lumière blanche aussi puissante que l’éclair d’un arc électrique. Le “comportement” de la lumière est parfois incohérent avec les lois de la physique : elle peut être tronquée, comme “coupée au couteau”, apparaître sous la forme d’une gelée molle, ou de gouttes d’eau “dégoulinantes et ruisselantes”. Elle brille parfois de mille feux dans le ciel nocturne d’une observation sans pourtant éclairer la campagne environnante, comme si elle n’interagissait pas avec l’environnement physique.
Le 23 Mars 1974 à Tavernes dans le Var, un médecin demeuré anonyme prend une photo d'ovni qui fera l'objet d'une mise en cause de la part de sceptiques qui rappellent que "des rayons lumineux tronqués sont une impossibilité."
Un des enseignements majeurs, croyons-nous, de la problématique des PANS est qu’il existe deux types de lumière, de nature radicalement différente. Cette proposition est cohérente avec le cadre de notre recherche qui postule, dans d’autres articles, l’existence de deux plans de réalité en miroir l’un de l’autre, le plan phénoménal et le plan noétique.
Ces deux types de lumière peuvent se définir ainsi :
a) La lumière physique est celle qui est perçue à travers nos organes sensoriels et le filtre du cerveau. On peut l’appeler “lumière phénoménale” car elle se manifeste à travers la conscience “corporée” pour laquelle elle définit le champ du visible matériel.
b) La lumière noétique est une lumière perçue directement par le sujet (le moi psychologique) sans passer par l’entremise de ses organes sensoriels. Elle est perçue à travers un lien direct et immédiat depuis la source émettrice qu’est l’âme/l’âme du monde.
Notre propos va consister à préciser les propriétés qui opposent ces deux types de lumière et montrer comment elles entrent en jeu dans la problématique des PANS.
II. La lumière physique
1. Les propriétés de la lumière physique
La lumière phénoménale possède des propriétés qui sont décrites avec précision par la physique, et en particulier par l’optique puisqu’elle détermine le champ du visible pour l’œil humain. Pour le physicien, la lumière est un phénomène issu du rayonnement électromagnétique dont la longueur d’onde, comprise entre 400 et 780 nanomètres, correspond à la zone de sensibilité de l’œil humain, entre l’ultraviolet et l’infrarouge. Il existe donc une lumière visible et une lumière invisible (lumière noire).
Les lois de la propagation de la lumière sont largement semblables à celles des autres rayonnements, et les milieux qu’elle traverse (vide, air, eau) modifient sa vitesse de propagation. Sa vitesse dans le vide détermine la “cadence” de notre univers, puisqu’elle constitue un absolu indépassable. Elle est donc tributaire des lois de la physique, et ne peut adopter un “comportement” qui contreviendrait à ces lois. Ajoutons que la dualité onde-corpuscule mise en évidence au XXe siècle, montre qu’il s’agit d’un concept-limite de la physique car une onde n’est pas à proprement parler un “objet matériel” et que le photon est une particule sans masse.
2. L’étude de la lumière physique paraît conduire à la conscience
Nous allons revenir sur cette dualité, en suivant le commentaire vulgarisé d’Aimé Michel, tel qu’il fut exposé dans un article demeuré célèbre et intitulé “Physique de l’an 2000, métaphysique d’il y a 2000 ans” (1). Ce texte, daté de 1977, montre comment l’introduction du rôle de la conscience en physique fut directement lié à l’étude de la nature de la lumière et de ses étrangetés.
“Depuis les premières découvertes de Louis de Broglie, vers 1923, écrit-il, on a pris l’habitude de considérer la matière, la lumière et les ondes électromagnétiques en général, comme des entités fermées de «réalités complémentaires», l’onde et le corpuscule. Toute particule comportait aussi son «onde associée». Une particularité bien étrange de cette complémentarité était que le corpuscule et l’onde ne pouvaient pas être mis en évidence simultanément”.
Aimé Michel va ensuite montrer que cette “complémentarité” n’était qu’une illusion théorique qui cachait un phénomène bien plus étrange et bien plus dérangeant :
“En physique, on imaginait une onde accompagnant réellement le déplacement de la particule matérielle. Les deux «réalités complémentaires» étaient conçues comme simultanément réelles, quoique refusant de se laisser appréhender ensemble. Une méditation d’un demi-siècle sur cet étrange refus a conduit l’imagination scientifique, par un nouvel effort, à ce qu’on appelle maintenant une «prise de conscience»: les «réalités complémentaires» n’étaient qu’un expédient verbal pour se débarrasser d’un fait plus insaisissable et plus profond, s’exprimant dans la théorie quantique des champs: c’est l’onde seule qui existe tant qu’on ne regarde pas; dès qu’une expérience décèle l’onde (dès qu’on regarde) c’est le corpuscule qui se manifeste; mais aussitôt qu’il s’est manifesté, il n’existe plus, c’est de nouveau l’onde (ou le champ) qui seule existe”.
Dans un langage certes très vulgarisé et historiquement daté, Aimé Michel indiquait pourtant avec précision le moment théorique où un concept “tabou”, celui de la conscience, faisait son entrée dans les sciences physiques. Ce “tabou” était initialement lié au principe même de la méthodologie scientifique, tel qu’il fut établi au XVIe siècle avec Galilée: par définition la science se devait d’écarter tout élément subjectif de son objet, elle se devait de totalement l’objectiver grâce aux méthodes d’investigation utilisées et à l’usage du formalisme mathématique. Ici c’était “l’objet lui-même”, c’est-à-dire la lumière, qui commandait le retour de la subjectivité. Aimé Michel l’exprime en ces termes:
“Le collapse (2) est cet événement mystérieux (mais décrit par l’équation de Schrödinger) au cours duquel l’onde se manifeste sous la forme d’un corpuscule qui cesse d’exister en se manifestant, redevenant une onde dans un champ. La lumière par exemple est une onde tant qu’elle ne se manifeste pas. Mais qu’elle frappe un écran, c’est un photon qui frappe, il n’y a plus d’onde; que le photon soit alors absorbé ou réfléchi, il cesse d’exister en tant que photon et redevient une onde, de nouveau se propageant comme une onde et restant indétectable en tant qu’onde”.
Aimé Michel qualifie le collapse dans l’article auquel nous nous référons, d’«événement fondamental» en physique car toute acquisition d’information au sein du monde matériel suppose au moins un collapse:
“Tout collapse, et par conséquent tout événement de la nature, est aussi un échange d’information. On hésite à comprendre. Cela voudrait-il dire que rien ne se passe dans la nature sans que quelque chose en ait conscience ? Nous voyons apparaître pour la première fois ce mot «conscience». J’en ai reculé l’utilisation aussi tard que possible dans cet exposé. Mais c’est bien ce que veulent dire les physiciens de la «nouvelle physique». Le lecteur perplexe (comme je le fus) se demandera si cela veut bien dire que même une seule modification d’une seule particule atomique au centre de la plus lointaine étoile suppose l’intervention d’une conscience. Eh bien, c’est exactement cela que les physiciens veulent dire. C’est cela qu’ils envisagent”.
Poussé par une verve toute philosophique, Aimé Michel termina son célèbre article par envisager une réalité intégralement consciente, un univers-conscience à la manière de Giordano Bruno ou de l’idéalisme allemand. L’étude des propriétés de la lumière, via le monde quantique, nous aurait ainsi conduits à un ontologie “panpsychique”, et il était alors fort logique de convoquer la figure d’Eugène Wigner, prix Nobel de physique et authentique physicien idéaliste, pour conclure le propos :
“L’évidence que les objets physiques et les essences spirituelles ont une forme de réalité très semblable a beaucoup contribué à ma paix intérieure, et, de toute façon, on ne connaît aucune autre conception qui satisfasse à la mécanique quantique. C’est un prix Nobel de physique, Eugène Wigner, qui s’exprime ainsi”.
3. Les apories de la physique contemporaine
L’enthousiasme métaphysique d’Aimé Michel pour une explication de la décohérence quantique par l’intervention de la conscience est aujourd’hui remise en question par certains physiciens, comme le souligne un article récent de la revue Pour la Science intitulé “L’effondrement de la fonction d’onde est-il réel ?” par Philip Ball (3). Selon cet article, nous ne savons toujours pas comment la réalité objective émerge de la “palette de possibilités” offerte par le monde quantique, ou, ce qui revient au même comment la superposition d’états d’un système quantique peut s’effondrer en une unique option, celle que nous observons. L’idée même d’un effondrement quantique est remise en cause, certains chercheurs se demandant si elle n’est pas seulement une commodité mathématique, au lieu d’être un processus physique réel, un « effondrement physique » effectif:
“La mécanique quantique elle-même ne semble pas prévoir l’effondrement, qui doit être ajouté manuellement aux calculs. En tant qu’astuce mathématique ad hoc, elle fonctionne assez bien. Mais elle laisse les chercheurs insatisfaits”. Et si effondrement il y a (...) la vérité est que « la cause fondamentale de l’effondrement de la fonction d’onde est encore inconnue », a déclaré Inwook Kim, du laboratoire Lawrence-Livermore, en Californie. Nous ignorons « pourquoi et comment il se produit ».
Notre propos ne peut aller plus loin dans cette voie, sinon pour signaler que les travaux du physicien nobélisé Roger Penrose, développés en collaboration avec Stuart Hameroff, et donnant naissance au modèle « Orch OR » de la conscience, souffrent des mêmes critiques. Selon cette théorie matérialiste de la conscience, la gravité entraînerait un “effondrement des états quantiques dans les microtubules des neurones, des filaments protéiques responsables de l’architecture de ces cellules, déclenchant ainsi la conscience”. Selon l’article en question cette théorie a été infirmée par certaines expériences (4).
Conclusion
La conclusion que l’on doit tirer de cette première partie et de ce détour par la physique quantique est que la lumière physique, en tant qu’objet physique, ne peut pas nous faire accéder au plan de la métaphysique. De nouveau, un hiatus, une discontinuité, s’établissent entre les deux plans, celui de la physique et celui de la métaphysique. La lumière dont parle la métaphysique est d’une autre nature car elle ne s’appréhende pas par le filtre du cerveau et les organes sensoriels qui lui sont attachés. Il s’agit d’une lumière purement noétique c’est-à-dire exclusivement spirituelle.
NOTES
(1) Aimé Michel, “Physique de l’an 2000, métaphysique d’il y a 2000 ans. Une (véritable) nouvelle philosophie “ dans la revue Question de n° 20, 1977
(2) Ce terme est le nom anglais pour désigner “l’effondrement de la fonction d’onde”. Rappelons qu’en 1926, Erwin Schrödinger a montré qu’un objet quantique pouvait être décrit par une fonction d’onde, un objet mathématique qui englobe tout ce qui peut être dit sur l’objet et ses propriétés. Comme son nom l’indique, une fonction d’onde décrit une sorte d’onde, mais pas une onde physique. Il s’agit plutôt d’une « onde de probabilité » qui aide à prédire les résultats de mesures effectuées sur l’objet, ainsi que la probabilité d’observer l’une d’elles dans une expérience donnée.
(3) Philippe Ball, L’effondrement de la fonction d’onde est-il réel ?” Pour la science, N°584 - juin 2026
(4) « Rien n’est encore définitivement exclu, si tant est que cela puisse être le cas, tempère Jack Tuszynski, mais l’improbabilité de chaque hypothèse d’Orch OR augmente lorsqu’elles sont combinées, ce qui rend extrêmement difficile de soutenir une telle théorie… », op.cit.





Article qui va loin dans l’exposition d’une réalité complexe voire fascinante à bien des niveaux. Mes quelques lectures sur le sujet et d’autres intuitions m’ont convaincu de cette vérité. Etc.
Complexe...ça demande réflexion